Description
L'Histoire de Delahaye
L'histoire de Delahaye est celle de l'un des plus anciens constructeurs automobiles français et, surtout, d'une remarquable transformation. Émile Delahaye construisit ses premières automobiles à Tours à la fin du dix-neuvième siècle et ne tarda pas à les engager en compétition, participant personnellement à la course Paris-Marseille-Paris en 1896. À partir de 1898, les activités de la société ont été transférées à Paris sous la direction de Georges Morane et Léon Desmarais. Pendant plus de trois décennies, Delahaye a construit sa réputation sur la qualité et la robustesse de ses automobiles, mais aussi de ses camions, de ses véhicules de pompiers et de ses moteurs industriels.
Le véritable tournant est arrivé en 1933. Sur un marché profondément affecté par la crise économique, la famille Morane a décidé de repositionner la marque vers le prestige et la compétition de haut niveau. Sous la direction des ingénieurs Amédée Varlet et plus tard Jean François, ainsi que de Charles Weiffenbach – connu sous le nom de « Monsieur Charles » – qui supervisait à la fois la production et le programme de compétition, Delahaye a développé une nouvelle génération d'automobiles rapides, puissantes et élégantes. L'incorporation de Delage en 1935 a renforcé cette nouvelle orientation.
Cette évolution a coïncidé avec l'âge d'or de la carrosserie française. Vendues en châssis nu, les Delahaye sont devenues la toile de prédilection de certains des plus grands noms du métier : Chapron, Figoni & Falaschi, Saoutchik, Letourneur & Marchand, Labourdette, Autobineau, Antem, Guilloré et Dubos. Les roadsters, cabriolets, coupés profilés et carrosseries de concours ont établi une image dans laquelle la performance mécanique était inséparable de l'élégance française. La Type 135 deviendrait son expression la plus célèbre, mais l'histoire a véritablement commencé avec la 138.
La 135 : L'Apothéose Sportive
À partir du Salon de l'Automobile de Paris 1935, les dernières 138 Sport ont été de plus en plus désignées comme des 135 Sport. Ce n'était pas une rupture nette mais une évolution continue. La 135 a conservé les principes établis par la 138 et les a progressivement développés davantage à travers les versions Sport, Coupe des Alpes, Compétition et, surtout, 135 Spéciale.
Produite en seulement seize exemplaires entre la fin de 1935 et le début de 1936, la Type 135 Spéciale « S » représentait le développement le plus radical de cette évolution. Son châssis profondément abaissé avait un empattement de seulement 2,70 mètres, tandis que son moteur Type 103 était développé aux limites de son potentiel. En spécification de compétition, la voiture pouvait atteindre environ 185 km/h. Engagée par l'usine, l'Écurie Bleue et un certain nombre de pilotes privés, la 135 S a construit sa réputation sur la force et l'endurance.
Les noms de Laury Schell, René Le Bègue, Robert Brunet, Albert Divo, Eugène Chaboud, Jean Trémoulet, Yves Giraud-Cabantous et Louis Villeneuve sont devenus étroitement associés à Delahaye. Le succès a suivi dans les grandes courses routières et sur les circuits. Cette progression a atteint son apogée aux 24 Heures du Mans 1938, où Eugène Chaboud et Jean Trémoulet ont remporté la victoire dans une Delahaye 135 S/CS, devançant une autre Delahaye, tandis qu'une troisième a terminé quatrième. Introduite à partir de 1938, la 135 MS a par la suite transféré une partie de l'expérience acquise avec ces prestigieuses voitures de compétition à la route.
Les Quatre Delahaye de Jacques Ambaud
C'est précisément au cours de cette période charnière, alors que la 138 Sport ouvrait la voie à la future 135, que Jacques Ambaud entra dans l'histoire. Un riche sportif marseillais et concurrent enthousiaste, en juin 1935, il passa une commande exceptionnelle de quatre Delahaye 138 Sport, toutes carrossées par Chapron et immatriculées à Paris le même jour sous quatre numéros d'immatriculation consécutifs.
Les archives historiques et les recherches ultérieures ont permis d'identifier cette petite série : châssis 45533 – 6200 RJ 8 ; châssis 45538 – 6201 RJ 8 ; châssis 45496 – 6202 RJ 8 ; et châssis 45537 – 6203 RJ 8. Les quatre voitures seraient engagées quelques mois plus tard au Rallye de Monte-Carlo 1936, confirmant l'objectif nettement sportif de cette commande inhabituelle.
La voiture présentée ici est la deuxième des quatre : châssis 45538, immatriculée 6201 RJ 8.
Un Rare Survivant de la Naissance de l'Ère de Compétition de Delahaye
L'importance du châssis 45538 réside finalement non pas dans un seul aspect de son histoire, mais dans la combinaison de tous ces éléments. Son identité est connue depuis sa création. Son premier propriétaire, l'immatriculation parisienne 6201 RJ 8 et la carrosserie Chapron sont documentés. Sa participation au Rallye de Monte-Carlo 1936, où il a terminé 12e au classement général, est confirmée par les résultats de l'époque. Quelques mois plus tard, il a à nouveau terminé 12e aux 3 Heures de Marseille. Sa provenance ultérieure peut ensuite être retracée à travers l'AGACI, Serge Pozzoli, Flavien Marçais, Pierre Honegger, François Cointreau et son propriétaire actuel.
Surtout, cependant, il appartient à une génération devenue exceptionnellement rare. Le châssis 45538 a été construit au moment précis où Delahaye entrait dans une nouvelle ère. La 138 Sport venait de gagner ses lettres de noblesse sportives à la Coupe des Alpes et sur le banc de Montlhéry. La 135 était sur le point d'apparaître. Les seize 135 Spéciales allaient bientôt porter la marque dans les plus grandes courses d'Europe, avant que Delahaye n'atteigne l'apogée de cette extraordinaire aventure sportive avec la victoire aux 24 Heures du Mans 1938.
Réf : #LA-919204
- Actualisée le : 02/10/2026